Pour se changer les idées et s'occuper en cette période chaude, un petit coup de Polar-Geek 
Le téléphone sonna. Je sortais de ma torpeur post déjeuner :
"Tu peux venir immédiatement dans mon bureau ?"
"Euh, oui, j'arrive..."
Damn, si le Grand Chef m'appelle et précise un "immédiatement" c'est que cela doit être grave. Que s'est-il passé encore ? Malgré ce "immédiatement", je pris quelques secondes pour faire le tour des consoles de monitoring. A priori, ce n'était pas un problème système. Déjà ça de pris. Je fonçais donc vers l'ascenceur pour monter au 6ème étage. Quand il s'ouvrit, je me dirigeai droit vers la salle du fond en remarquant une grande quantité de chaises vides. Soit tout le monde était parti mais c'était un peu tôt, soit c'était la catastrophe du siècle. En rentrant dans le bureau du Grand Chef, je fus fixé. Tous les chefs de département de la DSI étaient réunis. Apparemment, cela devait durer depuis quelques heures au vu de la chaleur ambiante, du paperboard barbouillé dans tous les sens et des gobelets de café qui s'entassaient.
Le Grand Chef, assis dans un coin de la salle, m'annonça :
"Merci pour ta promptitude. Je suppose que tu as regardé le monitoring avant de monter. Tu sais donc déjà que le problème n'est pas là. Si je t'ai fait venir, c'est parce que cette nuit, à quelques heures du lancement de notre nouvelle éponge, quelqu'un de chez nous a volontairement saboté l'application Kicifrot. Nous nous en sommes aperçus à 9h en arrivant pour un dernier et ultime contrôle, même si tout avait été validé officiellement hier soir. Le saboteur a utilisé notre outil de déploiement pour envoyer sur notre plateforme de production une version antérieure à celle prévue. Depuis 9h, deux actions ont été menées :
- Mise en place d'une nouvelle infrastructure pour redéployer la version finale de Kicifrot et être prêt pour le lancement du produit à midi.
- Analyse de la version déployée cette nuit pour voir qu'en plus d'un bug qui a été corrigé par la suite, cette version contenait un backdoor permettant de planter l'application dans sa globalité d'une part et d'autre part de collecter les informations bancaire de nos clients.
La situation est maintenant corrigée et tout est opérationnel..."
Le Grand Chef laissa planer un moment de silence et alla se chercher un verre d'eau. J'en profitais pour digérer les informations communiquées : la catastrophe semblait avoit été évitée et tout semblait sous contrôle. Mais qu'est-ce que j'ai à faire là-dedans moi ? La réponse n'allait pas tarder à venir...
"Nous avons isolé les machines impactées par le sabotage. Je veux que tu me trouves notre saboteur ! Messieurs, vous vous mettrez à la disposition de notre petit camarade et considérez que toutes ses demandes sont à considérer comme si c'étaient les miennes" dit-il aux chefs des départements. "Personne ici, ni de vos équipes, ne rentre chez lui tant que le saboteur n'est pas trouvé ; Week-end prolongé ou pas. Allez, circulez et allez prévenir vos équipes !"
Les chefs des départements s'exécutèrent et quittèrent la salle. Alors que je commençais à me retourner pour rejoindre mon antre, une voix me dit : "Je veux ce fumier, tu m'entends ? Tu as carte blanche et tu peux bloquer tous les employés de la société le temps qu'il faudra... Maintenant, sache aussi que ma fille fête son anniversaire ce week-end et qu'il n'est pas prévu que je le rate. Bonne chance...."
Ah sa fille. Le bien le plus précieux du Grand Chef. Son point faible. 5 ans et espiègle comme tout. Elle fera souffrir des garçons celle-la. Il me restait donc 6 heures pour trouver le saboteur ou alors cela sentirai le roussis pour tout le monde si le Grand Chef devait ne pas assister à l'anniversaire de sa fille... Je retournais fissa dans mon bureau. Je venais de recevoir un mail des Admin Sys m'indiquant les nouvelles IP des serveurs sabotés. Je me connectais dessus pour trouver des informations utiles. Je fus vite bredouille. Comme je le craignais, toutes les connexions SSH étaient émises depuis la même passerelle et avec le même utilisateur : "root". Toujours la même chose, je ne cessai de les mettre en garde contre cette pratique depuis des années et elle était toujours là. Je me résignais alors à ne pas trouver mon coupable sur ces machines...
En me connectant sur la passerelle, je notais que le prompt n'était pas celui défini en standard. Encore quelqu'un qui s'est amusé avec songeais-je en me précipitant vers les fichiers de log pour en apprendre plus. Je commençais par les fichiers de l'outil de déploiement ; grand bien m'en pris car même si le saboteur avait supprimé quelques fichiers de logs de déploiements pour cacher ses méfaits, il avait oublié un fichier annexe, peu utile mais qui stockait juste l'horaire et la commande passée. Je trouvais donc que mon saboteur avait déployé quatre paquets entre 3h20 et 3h38. En continuant à analyser les fichiers de logs, et après avoir éliminer différentes IP / compte liés à des opérations de nuit, je tenais mon coupable à la limite près qu'il avait utilisé un poste en libre service placé près de la cantine et de l'accès aux parkings. Il allait me falloir traverser tout le site pour en savoir plus.
En arrivant sur le PC en libre-service, qu'elle ne fut pas ma surprise de voir que l'écran était hors-service. Après prise de renseignement, cela datait de plusieurs jours. Ainsi, mon saboteur n'avait pas pu utiliser le poste en tant que tel. Il ne lui restait que la connexion en mode Terminal Server. Je repartais donc dans mon bureau, me connectait à la machine en question en TSE et épluchait le journal d'évènements. Je le tenais enfin mon coupable. J'appelais alors le Grand Chef et lui demanda de convoquer tout les employés dans le grand amphithéâtre.
Je fis une dernière vérification en me connectant au service RH pour conforter mon opinion. Non seulement il s'était connecté avec son login en TSE sur le poste en libre service mais le relevé du parking était formel également. Je pris alors la direction de l'amphithéâtre.
La salle était comple et je me dirigeais vers la scène sous les yeux observateurs de mes collègues. Je pris le micro et annonça :
"J'ai l'identité de notre saboteur. Je peux même dire DES saboteurs, car oui parfaitement ils sont plusieurs à être complice de ce sabotage"
Un mouvement de recul et un bruit parcoururent la foule puis le silence revint. Le Grand Chef m'indiqua de continuer d'un mouvement de tête.
"Je vais commencer par les complices dans un premier temps" indiquai-je.
"Tout d'abord messieurs les admin systèmes pour utiliser le même mot de passe root partout. Sans ce point, le saboteur, ne faisant pourtant pas partie des équipes techniques, n'aurait pu accéder à nos machines. Je ne m'étendrais pas sur cette faute professionnelle qui relève du premier cours de première année d'étude réseau... Vous êtes complice de cette histoire de part votre négligence !!"
"Je disais précédemment que notre saboteur n'est pas membre des équipes techniques et n'a pas eu besoin d'un soutien d'un membre des équipes techniques car il est suffisamment aguerri par lui-même et que par ingénierie sociale, il a pu récupérer l'ensemble des informations des développeurs eux-mêmes. Il a ainsi pu accéder au code puis préparer et injecter son code à l'insu de tout le monde. Messieurs les développeurs, vous êtes les seconds complices pour ne pas avoir tenu vos langues et pour permettre le commit anonyme sur votre dépôt de sources... Vous ne valez guère mieux que nos admins sys que vous raillez au café..."
"Mais venons-en à notre vrai coupable. Il s'agit de notre cher contrôleur de gestion M. Racine. Il était brillant d'utiliser le PC en libre service mais il aurait fallu voir que l'écran était cassé et surtout ne pas utiliser votre compte pour s'y connecter. Enfin, de même, sachez que même si la barrière du parking est ouverte vu qu'elle est cassée, cela n'empêche pas le détecteur de voiture de scanner la votre à chaque passage... D'ailleurs, je suppose que l'on tient aussi notre destructeur de barrière de parking..."
La foule était médusée par mes révélations et un cercle s'était fait autour de M. Racine. Celui-ci me rendit un regard plein de haine mais restait muet.
"Je pose sur ce bureau l'ensemble des documents permettant de confondre M. Racine. Personnellement, j'en ai fini et je dois me rendre à un rendez-vous..."
Le Grand Chef me gratifia d'un regard qui valait remerciement. Il demanda aux Services Généraux d'accompagner M. Racine jusqu'à son bureau pour discuter avec lui des détails de l'histoire. Je me retournais alors vers lui :
"N'oubliez pas l'anniversaire de votre fille... M. Racine peut attendre quelques jours..."