12 Nov 2017, 22:25

Ce que j'ai appris en créant mon entreprise - la série - épisode 3

La “semaine dernière” (hum), je vous parlais de bien définir son projet et du syndrome de l’imposteur. Je vais revenir sur cette idée avec l’éclairage de récents événements.

Pour redonner une définition du syndrome de l’imposteur :

Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur, appelé aussi syndrome de l’autodidacte, expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Ces personnes rejettent donc plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs (la chance, un travail acharné, leurs relations, des circonstances particulières). Elles se perçoivent souvent comme des dupeurs-nés qui abusent leurs collègues, leurs amis, leurs supérieurs et s’attendent à être démasquées d’un jour à l’autre.

Qui ne l’a jamais vécu ? Suffit que vous soyez un tantinet exigeant ou que vous ayez comme référence des bons développeurs et là vous êtes cuits. Ce fut mon cas, cela l’est encore de temps à autre mais la bonne nouvelle est que cela se soigne. Le remède peut exister de façon directe ou indirecte.

Pour la façon directe, il s’agit ni plus ni moins de vous confronter aux faits et voir ce qu’il en est. Il y a plein de façons d’y arriver ; pour n’en citer que quelques unes :

  • Se lancer à faire un BBL ou une conférence sur un sujet : Cela vous oblige à objectiver votre savoir et à le coucher sur un support. Ainsi, une fois le moment de stress passé une fois le sujet de votre BBL/Conférence retenu, vous pouvez prendre conscience de l’étendue de votre savoir. Bien sûr, en préparant la dire conférence, vous apprendrez des choses complémentaires mais pour le moins, vous vous rendrez compte que vous connaissez beaucoup de choses sur le sujet. Si le BBL ou la conférence se passent bien, vous aurez en outre cette confirmation par votre auditoire.
  • Mettre en pratique le savoir en question via la réalisation d’un projet perso ; plus on peut aller loin dans le projet (ou dans un délai court en fonction), plus on se rend compte que l’on maitrise le sujet.
  • Dans le cadre d’une mission / d’un projet, se rendre compte que l’on apporte une contribution significative au projet de part les connaissances / l’expertise que l’on apporte.
  • Et plus simplement, prendre le temps d’être fier de soi.

Si le travail sur soi est surement le plus accessible mais peut-être aussi le plus compliqué parfois, il y a parfois des contributions plus indirectes et qui font tout autant réfléchir. Il y a peu, deux entreprises référentes dans leur secteur du cloud m’ont contacté pour rejoindre leurs effectifs et ce pour deux postes intéressants. Spontanément, je n’aurais pas pensé à consulter les offres de ces entreprises, ne me jugeant pas assez compétent pour postuler chez eux.

Rien que le fait d’être sollicité par ces entreprises et pour ces postes obligent à revoir sa vision du monde pour se dire “Et pourquoi pas après tout ?”. Que vous souhaitiez réellement ou pas rejoindre ces entreprises importe peu (il faut quand même chercher à passer les entretiens avec une certaine motivation et être honnête avec soi-même), il peut être intéressant juste pour votre réflexion de voir jusqu’où vous pouvez aller dans le process et vous confronter à leur process de recrutement. Je l’avais déjà fait à plusieurs reprises l’année dernière avant de lancer mon activité, le refaire ces dernières semaines m’a donné un autre éclairage sur mes aspirations.

Que le résultat soit positif ou négatif importe peu au final, ce qui compte c’est le process de réflexion. C’est certes plus agréable qu’il soit positif puisque vous êtes alors en mesure de choisir si vous donner ou non une suite favorable. Mais même dans le cas d’une réponse négative, il y a toujours des enseignements à valoriser.

Dans tous les cas, je crois que la leçon face au syndrome de l’imposteur, c’est “faîtes des trucs !”, qu’ils soient à votre initiative ou celle d’un tiers et de valoriser ces trucs pour faire avancer votre projet et votre réflexion.

PS : pour la petite histoire, pour une des deux entreprises, cela s’est terminé par une réponse négative mais je suis content de l’avoir fait et des enseignements que j’en tire. Pour la seconde, c’est encore en cours…

29 May 2017, 22:25

Ce que j'ai appris en créant mon entreprise - la série - épisode 2

Avant tout merci pour le partage du 1ᵉʳ épisode et vos commentaires, cela motive pour la suite des billets :-)

Suite au premier épisode grâce auquel vous avez la bonne forme juridique, la bonne banque et le bon comptable, il est temps de penser à :

  • Les prestations que l’on va réaliser,
  • Les revenus escomptés, ses charges et donc son taux de facturation (TJM).

Tu fais plutôt quoi en fait ?

Je crois en fait que j’ai démarré mon entreprise dans le pire mode en fait. Initialement, l’entreprise devait être transitoire en attendant que j’en rejoigne une autre qui devait faire sa levée de fonds incessamment sous peu (et en fait non). Du coup, je me suis dit que j’allais bien trouver à faire de la prestation entre temps et avec un peu de chance, j’ai eu des missions rapidement. Cette réflexion n’a donc pas été menée à cette époque ou alors simplifiée à son extrême "ben je fais des trucs dans le monde du web et du devops ; dis-moi ce que tu veux et je te dis si je peux le faire" Sauf que comme toute bonne chose (ou pas), elle a une fin.

Arrive donc le mois d’Avril et Mai avec un niveau de facturation assez faible pour causes de vacances, conférences et de trop faible activité. Plutôt que d’attendre patiemment qu’une bonne âme m’appelle pour me proposer quelque chose, j’ai commencé à réfléchir sur mon activité et mon métier. A cela s’est ajouté deux choses, une séance du forum ouvert à SudWeb sur le « Plutôt Dev ou plutôt quoi ? » au cours de laquelle on a échangé sur comment on se définissait et le visionnage de Testez votre idée en quelques heures qui présente la méthode « Lean Canvas ». Ces éléments réunis ont permis de faire avancer ma réflexion sur mon activité et définir ainsi des composants majeurs et des composants mineurs et d’arrêter le syndrome « je fais de tout ». Par exemple, je sais coder mais pas au point de me considérer comme développeur à part entière et au regard de mes critères d’exigences (on reparlera du syndrome de l’imposteur une autre fois). Je vais donc passer ce composant de majeur à mineur. Je ne fais pas l’impasse dessus, c’est juste un bonus à mon activité principale et c’est celle qui e permet depuis des années de bosser avec des développeurs. Pour autant, je n’en suis pas un, je vais rester sur architecte web & devops car c’est fondamentalement ce que j’ai fait et ce que j’aime depuis des années maintenant.

Mettre un nom sur les choses permet d’avancer et de construire son identité et en l’occurrence son offre de services. La méthode Lean Canvas, avec mon expérience limitée et telle que je l’ai rapidement pratiqué ces derniers jours, m’a permis en tous cas de facilement itérer sur des idées et voir où le bât blesse. Je pense continuer à l’utiliser pour des idées de services que j’ai en tête.

Et à quel prix ?

Je vous passe le ne pas confondre chiffre d’affaires et résultat. La différence entre les deux étant les charges.

Pour déterminer votre TJM il vous faut plusieurs choses :

  • Déterminer votre revenu minimum souhaité en fonction de vos contraintes personnelles (vie de famille, prêt immobilier, impôts, etc)
  • Déterminer un nombre de jours facturés ; personnellement, sur les 200/220 jours ouvrés par an, j’ai considéré qu’il était raisonnable d’en facturer la moitié (100/110). Avec ces 100/110 jours. A 100/110 jours, je dois atteindre le point d’équilibre financier. Au-delà, c’est du bonus. Moins, c’est pas bon. Grosse différence aussi : quand vous ne travaillez pas, vous ne facturez pas. Bien anticiper les vacances !
  • Déterminer vos charges.

A propos des charges, il y a plein de choses à prendre en compte :

  • Vos cotisations salariales et patronales (URSAFF, retraite, etc)
  • La médecine du travail
  • Vos frais d’activité : locaux, accès internet, téléphone, matériel, papier, imprimante, encre, ordinateurs, etc.
  • Vos frais de comptable
  • Vos frais de mutuelle & prévoyance ; dans le cas de la SASU et de la convention collective SYNTEC, la mutuelle et la prévoyance sont obligatoires et sont financées par l’entreprise. Pour la mutuelle, c’est l’offre de base qui est financée par l’entreprise, des options peuvent être pris par le salarié pour une meilleure protection.
  • Votre Responsabilité Civile Professionnelle
  • La TVA ; surtout n’oubliez pas que vous collectez de la TVA pour l’État et que vous devrez la régler. La TVA déductible est assez faible a priori. Même si ce n’est pas tout à fait juste, vous pouvez considérer que votre chiffre d’affaires, c’est uniquement vos prestations hors taxes !
  • Les autres coûts que j’ai pu oublier.

@libellule, qui fait un blog RH très accessible pour les non initiés au passage, a fait une mini-conférence à ce sujet à Sud Web intitulée "Parce que vous le valez bien" (lien vers le billet) montrant que le TJM naïf de 100 € que l’on peut faire en tant que salarié (revenu mensuel net / 20 jours) est complètement faux et que l’on monte vite à 350 € et plus.

Avec tout ça, vous pouvez vous faire un joli tableau dans votre tableur préféré avec les produits et les charges et vous pourrez déterminer :

  • Votre seuil de rentabilité (à partir de quand vous gagnez de l’argent une fois toutes vos charges couvertes)
  • Votre CA minimum à réaliser et donc votre TJM en le divisant par le nombre de jours à facturer.

Renseignez-vous également pour savoir si votre TJM est dans la norme pour votre activité, votre expérience et votre localité. Un TJM trop haut peut être disqualifiant (sauf si vous de quoi le justifier) mais un prix trop bas peut nuire à votre crédibilité, fausser le marché (vos pairs ne vous diront pas merci) et surtout ne pas vous rendre service si en fait vous n’êtes pas rentable à ce TJM là.

En synthèse :

  • Prenez le temps de définir votre identité professionnelle et votre activité,
  • Prenez bien tous vos coûts en compte et votre revenu escompté pour bien définir votre TJM afin d’avoir une structure de coût pérenne (moyennant le fait d’avoir une activité)

Suite la semaine prochaine !