29 May 2017, 22:25

Ce que j'ai appris en créant mon entreprise - la série - épisode 2

Avant tout merci pour le partage du 1ᵉʳ épisode et vos commentaires, cela motive pour la suite des billets :-)

Suite au premier épisode grâce auquel vous avez la bonne forme juridique, la bonne banque et le bon comptable, il est temps de penser à :

  • Les prestations que l’on va réaliser,
  • Les revenus escomptés, ses charges et donc son taux de facturation (TJM).

Tu fais plutôt quoi en fait ?

Je crois en fait que j’ai démarré mon entreprise dans le pire mode en fait. Initialement, l’entreprise devait être transitoire en attendant que j’en rejoigne une autre qui devait faire sa levée de fonds incessamment sous peu (et en fait non). Du coup, je me suis dit que j’allais bien trouver à faire de la prestation entre temps et avec un peu de chance, j’ai eu des missions rapidement. Cette réflexion n’a donc pas été menée à cette époque ou alors simplifiée à son extrême "ben je fais des trucs dans le monde du web et du devops ; dis-moi ce que tu veux et je te dis si je peux le faire" Sauf que comme toute bonne chose (ou pas), elle a une fin.

Arrive donc le mois d’Avril et Mai avec un niveau de facturation assez faible pour causes de vacances, conférences et de trop faible activité. Plutôt que d’attendre patiemment qu’une bonne âme m’appelle pour me proposer quelque chose, j’ai commencé à réfléchir sur mon activité et mon métier. A cela s’est ajouté deux choses, une séance du forum ouvert à SudWeb sur le « Plutôt Dev ou plutôt quoi ? » au cours de laquelle on a échangé sur comment on se définissait et le visionnage de Testez votre idée en quelques heures qui présente la méthode « Lean Canvas ». Ces éléments réunis ont permis de faire avancer ma réflexion sur mon activité et définir ainsi des composants majeurs et des composants mineurs et d’arrêter le syndrome « je fais de tout ». Par exemple, je sais coder mais pas au point de me considérer comme développeur à part entière et au regard de mes critères d’exigences (on reparlera du syndrome de l’imposteur une autre fois). Je vais donc passer ce composant de majeur à mineur. Je ne fais pas l’impasse dessus, c’est juste un bonus à mon activité principale et c’est celle qui e permet depuis des années de bosser avec des développeurs. Pour autant, je n’en suis pas un, je vais rester sur architecte web & devops car c’est fondamentalement ce que j’ai fait et ce que j’aime depuis des années maintenant.

Mettre un nom sur les choses permet d’avancer et de construire son identité et en l’occurrence son offre de services. La méthode Lean Canvas, avec mon expérience limitée et telle que je l’ai rapidement pratiqué ces derniers jours, m’a permis en tous cas de facilement itérer sur des idées et voir où le bât blesse. Je pense continuer à l’utiliser pour des idées de services que j’ai en tête.

Et à quel prix ?

Je vous passe le ne pas confondre chiffre d’affaires et résultat. La différence entre les deux étant les charges.

Pour déterminer votre TJM il vous faut plusieurs choses :

  • Déterminer votre revenu minimum souhaité en fonction de vos contraintes personnelles (vie de famille, prêt immobilier, impôts, etc)
  • Déterminer un nombre de jours facturés ; personnellement, sur les 200/220 jours ouvrés par an, j’ai considéré qu’il était raisonnable d’en facturer la moitié (100/110). Avec ces 100/110 jours. A 100/110 jours, je dois atteindre le point d’équilibre financier. Au-delà, c’est du bonus. Moins, c’est pas bon. Grosse différence aussi : quand vous ne travaillez pas, vous ne facturez pas. Bien anticiper les vacances !
  • Déterminer vos charges.

A propos des charges, il y a plein de choses à prendre en compte :

  • Vos cotisations salariales et patronales (URSAFF, retraite, etc)
  • La médecine du travail
  • Vos frais d’activité : locaux, accès internet, téléphone, matériel, papier, imprimante, encre, ordinateurs, etc.
  • Vos frais de comptable
  • Vos frais de mutuelle & prévoyance ; dans le cas de la SASU et de la convention collective SYNTEC, la mutuelle et la prévoyance sont obligatoires et sont financées par l’entreprise. Pour la mutuelle, c’est l’offre de base qui est financée par l’entreprise, des options peuvent être pris par le salarié pour une meilleure protection.
  • Votre Responsabilité Civile Professionnelle
  • La TVA ; surtout n’oubliez pas que vous collectez de la TVA pour l’État et que vous devrez la régler. La TVA déductible est assez faible a priori. Même si ce n’est pas tout à fait juste, vous pouvez considérer que votre chiffre d’affaires, c’est uniquement vos prestations hors taxes !
  • Les autres coûts que j’ai pu oublier.

@libellule, qui fait un blog RH très accessible pour les non initiés au passage, a fait une mini-conférence à ce sujet à Sud Web intitulée "Parce que vous le valez bien" (lien vers le billet) montrant que le TJM naïf de 100 € que l’on peut faire en tant que salarié (revenu mensuel net / 20 jours) est complètement faux et que l’on monte vite à 350 € et plus.

Avec tout ça, vous pouvez vous faire un joli tableau dans votre tableur préféré avec les produits et les charges et vous pourrez déterminer :

  • Votre seuil de rentabilité (à partir de quand vous gagnez de l’argent une fois toutes vos charges couvertes)
  • Votre CA minimum à réaliser et donc votre TJM en le divisant par le nombre de jours à facturer.

Renseignez-vous également pour savoir si votre TJM est dans la norme pour votre activité, votre expérience et votre localité. Un TJM trop haut peut être disqualifiant (sauf si vous de quoi le justifier) mais un prix trop bas peut nuire à votre crédibilité, fausser le marché (vos pairs ne vous diront pas merci) et surtout ne pas vous rendre service si en fait vous n’êtes pas rentable à ce TJM là.

En synthèse :

  • Prenez le temps de définir votre identité professionnelle et votre activité,
  • Prenez bien tous vos coûts en compte et votre revenu escompté pour bien définir votre TJM afin d’avoir une structure de coût pérenne (moyennant le fait d’avoir une activité)

Suite la semaine prochaine !

22 May 2017, 15:23

Ce que j'ai appris en créant mon entreprise - la série - épisode 1

Je vais démarrer une série sur les apprentissages que j'ai pu faire ces derniers mois depuis la création de CérénIT. Outre l'objectivation des faits qui me sont utiles, j'espère que cela sera également utile pour d'autres personnes. Il va y avoir des enseignements assez classiques et des choses plus personnelles. J'aborderai un maximum de 3 sujets par billets pour ne pas faire trop long.

Contexte

J'ai créé mon entreprise après une quinzaine d'années de salariat. Au départ, cela se voulait temporaire (quelques mois, < 6) le temps d'en rejoindre une autre qui était en cours de levée de fonds, pour facturer diverses prestations annexes à mon ancien travail et facturer de nouvelles prestations, car il faut bien vivre :-)

D'un point de vue personnel, je suis marié, j'ai 2 enfants (7 & 10 ans) et une maison avec un prêt.

Forme juridique : de l'auto-entreprise à la SASU.

Au début, par simplicité et pensant que la solution était transitoire, j'ai créé une auto-entreprise. C'est simple et rapide au niveau des démarches, cela coûte pas grand-chose au niveau des frais et globalement, comme j'étais encore salarié au moment de sa création, je bénéficiais encore du régime général pour la santé et du reste.

Des points que beaucoup de gens oublient ou auxquels ils ne font pas attention (moi le premier parfois) :

  • Le chiffre d'affaire autorisé, 32K€ (arrondi par simplicité), est annualisé. Tout le monde regarde le montant alors que l'information importante est "annualisé". Si vous commencez votre activité en Juillet, alors le plafond de chiffre d'affaires pour les 6 mois de l'année restant est de 16 k€ ! Pas question de faire 32K€ en 3 mois par ex, dans ce cas, l'URSAFF & co vont considérer que vous auriez fait 32*4=128K€ de chiffre d'affaires sur une année complète. Même si les mécanismes de dépassement et de requalification d'AE en entreprise individuel ont été un peu assouplis (tolérance de dépassement sur 2 ans de mémoire, et pas de rétroactivité des charges sur l'année en cours), prenez bien en compte ce seuil et son effet prorata temporis.
  • De toutes les façons, si vous dépasser les 32K€, vous dépassez également le seuil à partir duquel la TVA va être exigée.
  • Le régime d'AE n'est rentable que pour des métiers avec des faibles charges. En effet, les cotisations et les impôts sont assises sur le chiffre d'affaires. Si vous avez beaucoup de charges, votre résultat (chiffre d'affaires - charges) peut-être faible et dès lors vos cotisations peuvent être supérieures à votre résultat. Si vous avez beaucoup de charges, il vaut peut-être mieux envisager un régime où vos cotisations sont assises sur votre résultat plutôt.

Fin 2016, sur la base de mes chiffres de 2016 et sur mes projections pour 2017, j'ai vu que je dépasserai rapidement les seuils pour le TJM et la volumétrie de jours facturés que j'escomptais. Il m'a fallu alors voir pour une "vraie" société et définir le statut le plus adapté. Mes principaux critères étaient alors :

  • Pensant l'existence de cette entité courte du fait que je rejoindrais l'autre entreprise, je voulais avoir un régime un peu similaire à celle de l'AE où tu payes tes cotisations au fur et à mesure et pas 18 mois après dans le cadre d'une régularisation.
  • Je voulais protéger ma famille et mes biens au cas où cela ne fonctionnerait pas
  • Je voulais éviter le RSI dans la mesure du possible
  • Je voulais limiter dans la mesure du possible une structure générant trop de charges fixes. Dans le cas où je rejoindrai l'entreprise en question, il était prévu que je garde mon entreprise pour des petits projets. Je voulais donc pouvoir facturer quelque chose sans que tout parte en charges diverses pour n'avoir quasi rien au final.

Au-delà des renseignements trouvés sur internet, j'ai surtout assisté à un atelier sur les impacts juridiques et sociaux des différentes formes juridiques d'entreprise. Cela m'a permis de démystifier un peu les formes juridiques, d'en découvrir de nouvelles, de découvrir le statut de travailleur non salariés, les régimes fiscaux et sociaux de chaque forme, etc. Pour autant, toutes les implications n'étaient pas totalement claires pour moi. J'ai alors rencontré un premier comptable dans l'optique d'avoir son avis sur la forme juridique et sur le coût d'un comptable pour une entreprise comme la mienne. Même si les comptables ne sont pas des juristes ou spécialistes en statut d'entreprise, il est possible de leur confier ce travail sous réserve de leur donner la comptabilité de votre entreprise. Ce service de conseil est autorisé par l'ordre tant qu'il est vu comme une activité annexe de leur service comptable. Sa réponse ne m'a pas plu (moi je ne fais que des entreprises de type XXX, c'est plus simple), je suis allé en contacter un second comptable dont je suis très satisfait. Après une première prise de contact et un questionnaire de 60 questions, il a été en mesure de me conseiller sur la meilleure forme de société à adopter, répondre à mes différentes questions. Nous avons ainsi défini les services auxquels je souhaitai souscrire et une fois la contractualisation passée et la présentation des outils à utiliser pour mon suivi commercial et comptable, cela roule tout seul et en toute confiance depuis. Mine de rien, c'est très important vu que pendant ce temps-là, je peux me consacrer à mon activité tout en sachant que la partie comptable et sociale (bulletin de salaires, cotisations, etc) sont sous contrôle. Il m'a également fourni un modèle de statuts pour la création de l'entreprise et la relecture nécessaire pour éviter des erreurs de débutant pouvant entraîner des frais supplémentaires lorsqu'il faut corriger les statuts en question.

Au final, j'ai donc choisi une SASU qui répond aux différents critères énoncés plus hauts :

  • J'échappe au RSI et mieux, je reste au régime général (je suis dirigeant salarié de ma SASU). Ayant déjà 15 ans d'ancienneté à ce régime, il était plus intéressant pour moi d'y rester même si je paye un peu plus de cotisations en contre-partie,
  • Ayant une vraie entité morale avec un capital social, ma responsabilité est limitée à ce capital. Mes biens et ma famille sont protégés.
  • Je peux déclarer mes charges et ma TVA dès le début, je n'ai pas à attendre une régularisation dans 18 mois.
  • Si en fin d'année je laisse des fonds dans l'entreprise, je ne paierai pas d'impôts dessus contrairement à une entreprise individuelle mais seulement sur les revenus effectivement versés. L'entreprise paiera éventuellement l'impôt sur les sociétés en fonction du résultat final en contre-partie.
  • Seule ombre au tableau : une entité morale demande une comptabilité d'engagement (partie double, plus d'écritures, etc) qui est plus complexe qu'une comptabilité de trésorerie (simple différence produits - charges, comme votre compte en banque personnel quoi) et donc occasionne des frais de comptable un peu plus important. Au quotidien, je ne vois pas cette complexité d'un point de vue opérationnel.

La banque

Autant pour des AE ou des entreprises individuelles, il vous suffit d'un compte "pro" dans n'importe quelle banque, y compris une banque en ligne. Pour une entreprise morale (SASU, SAS, SA, etc), il vous faut un compte dans une banque avec des établissements physiques. Ce serait essentiellement dû pour la déclaration de dépôt du capital pour les parts sociales.

Un conseil simple : faites le tour des banques, comparer les tarifs et ne visez pas forcément les plus grosses afin d'être sûr d'avoir un conseiller qui pourra vous porter attention et qui pourra être décisionnaire. Si vos besoins de fonds sont limités, pas besoin d'avoir une "grosse" banque !

En résumé pour ce premier billet :

  • Bien choisir sa forme juridique d'entreprise en fonction de votre histoire, de vos critères et votre activité ; l'AE n'est pas forcément la panacée.
  • Bien choisir son comptable pour éviter tout oubli ou toute erreur à l'initialisation de l'entreprise et vous permettre de vous concentrer sur votre activité au quotidien, tout en ayant un suivi mensuel de votre activité. Cela a certes un coût, mais il faut choisir ses batailles.
  • Bien choisir sa banque : au-delà du coût des services, c'est la disponibilité et la capacité à vous accompagner du banquier qu'il faut pouvoir évaluer.